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La Stanhope : une presse à bras qui reprend du service au Musée TypoArt !

Rien de tel que de tirer sur le bras d’une presse typographique pour comprendre l’exigence d’une belle impression, tant il est délicat de préparer la forme, l’encrage et la pression. Comprendre aussi la notion de « tirage » : à chaque fois que l’on tire le bras de la presse vers soi, on obtient un exemplaire, et l’on recommence le geste 100, 500, 700… voire 1000 fois avant de démonter la forme et de ranger les caractères dans leurs casses. Enfin, penser à tous ces livres anciens patiemment composés, caractère par caractère, mis sous presse feuillet après feuillet, puis cousus, reliés… et qui aujourd’hui sont les objets de notre passion !

Je vous propose de découvrir une des plus belles machines du musée TypoART créé par Jean-Marie Huvelle, tout près de Valenciennes, à Fresnes-sur-Escaut. En déplacement à Fresnes pour donner une conférence sur les débuts de l’imprimerie, j’ai eu l’immense plaisir de découvrir des affiches pour annoncer ma venue. Et ces affiches ont toutes été tirées sur cette presse typographique ! Surprise de taille, j’ai pu en tirer une moi-même sur un beau papier 🙂

Accompagnée d’Edmond, typographe et conducteur de machine, j’ai enfin levé de nombreuses incertitudes sur les premières heures de l’imprimerie ; même si la presse dans l’atelier de Gutenberg était plus rudimentaire que celle que vous allez découvrir dans la vidéo, le principe reste inchangé :

  • Une composition typographique bien insérée dans une forme (ici le texte de mon affiche mis en page, avec des caractères en métal et en bois).
  • La forme déposée sur le chariot coulissant de la presse
  • Un encrage sur le sommet des caractères
  • Mise en place de la feuille de papier
  • Déplacement du chariot sous la presse
  • Tirage du bras pour actionner la pression

La presse à bras présentée ici est une « Stanhope » de 1820, du nom de son inventeur Lord Charles Stanhope (1753-1829) qui la met au point à la fin du XVIIIe siècle. Lord Stanhope la conçoit tout en fonte, avec un chariot coulissant (ou marbre) que l’on déplace à l’aide d’une manivelle pour qu’il vienne s’insérer juste au dessous du plateau de la presse (la platine). La rigidité du métal, la manivelle, la largeur du marbre et surtout la puissance de la pression ont contribué à augmenter considérablement le rendement des tirages même si, dans le principe, le processus d’impression ne change pas vraiment depuis la première presse mise au point à Mayence dans l’atelier de Gutenberg. La Stanhope a remplacé dans les ateliers d’imprimerie les presses en bois, dès le début du XIXe siècle, à peu près en même temps qu’apparaît la machine à fabriquer le papier en continu de Louis-Nicolas Robert… dernière machine traditionnelle, ou première machine de l’ère industrielle, elle reste dans mon souvenir une des plus belles choses jamais vues !

stanhopeCette magnifique presse est en très bon état bien qu’il manque une partie très utile pour disposer la feuille sur la composition : le tympan et la frisquette… Toutefois, et dans l’esprit des tout-premiers ateliers typographiques, l’équipe de Jean-Marie Huvelle saura à coup sûr remédier à ce petit handicap !

Aux petits soins dans sa nouvelle maison, chouchoutée par l’équipe Typo Art, cette Stanhope pressera encore de nombreuses compositions typographiques dans la pure tradition de l’histoire du livre et devant les yeux écarquillés des visiteurs du musée !

OUVERTURE OFFICIELLE : le 9 mars prochain ! Pour se rendre au musée, c’est au « quARTier » à Fresnes-sur-Escaut, impasse Malik Oussekine – Sortie de Fresnes vers Vicq.

[gmap]Rue Malik Oussekine, 59970 Fresnes-sur-Escaut[/gmap]

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21 thoughts on “La Stanhope : une presse à bras qui reprend du service au Musée TypoArt !

    • Bonjour girot, je découvre par hasard votre commentaire faisant office d’annonce et de mon coté suite à mon déménagement je suis enfin en mesure d’installer un atelier ! Du coup de votre stanhope m’intéresse… n’hésitez pas à me contacter par mail si cette offre est toujours d’actualité, bien cordialement , Hug.

  1. Bonjour

    Si vous voulais compléter votre collection
    J.ai ce type de presse à bras a vendre,
    Intéresse, je suis en mesure de vous adresser quelques photos
    Merci de me communiquer votre coordonnées
    A vous lire

  2. une petite info, pour éviter l’ erreur trop souvent commise…Gutenberg n’est pas l’inventeur de l’imprimerie, n’y de la presse a imprimer, mais l’inventeur du caractère mobil

    • On lui doit tout de même la conception de l’encre grasse et de la presse à bras… Les caractères mobiles ont été une déclinaison des poinçons employés par les orfèvres.

  3. Bravo. Faire l’ours sur de telles machines est un régal.
    Nous ne sommes plus très nombreux à préserver la culture et le patrimoine typographique.
    Encore bravo, et merci d’avoir mis en film cette belle Stanhope.

  4. Pingback: Bon site sur la presse typo (+ vidéo) · blogwork – christine cabirol

  5. Bonjour Céline, tu as réalisé un vrai boulot de pro. Avec ce reportage, l’association TYPO ART va enfin réaliser son souhait en transmettant au public la mémoire de nos anciens! Nous nous souviendrons longtemps de ta visite en espèrant te revoir un de ces jours! amitiés typographiques, Edmond, le pressier dit l’ours!

    • Un grand merci maître pressier ! 😀 j’ai de la chance de vous connaître tous, j’apprends plein de choses… et tu fais une superbe démonstration (avec l’heidelberg ce sera bien aussi). A très bientôt !

  6. Bonjour, formidable article. Cela fait vraiment plaisir, pour le moment j’essaie avec Jean-Marie de régler la linotype, quelques problèmes à régler. Au plaisir de se revoir

    • Bonjour Jean-Claude ! j’ai également dans ma boite à malices des videos sur l’Heidelberg… et on voit bien le mécanisme ! j’espère présenter cela d’ici un mois.
      Je n’ai rein sur la lino (à part une photo du clavier), et tu sais je suis certaine que vous allez arriver à la faire ronfler ! 😀

  7. Superbe séquence ! Pour le tympan et la frisquette manquants, je suppose que TypoArt a pensé à questionner d’autres « collectionneurs » de presses à imprimer.

    • c’est fort possible ! mais ils sont tellement de fins bricoleurs que je les vois bien reconstituer les pièces manquantes… Edmond et Jean-Claude, (les 2 typographes de TypoArt) ont passé leur vie sur des presses de toute sorte. Mais si vous avez un bon plan cher Jean-Pierre il sera bien venu ! 😉

  8. Bravo pour ce reportage !
    Joli souvenir de mes années au primaire où l’école était équipée de la même machine mais en petit, tout petit, format, et chaque élève passait à tour de rôle pour imprimer avec le même procédé le recueil de poèmes écrits par la classe !
    Merci 🙂

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