Vous aimez les livres anciens ? Nous aussi !

Groumandugi, Maurice Brun, Louis JOU et Charles Maurras

Charles Maurras – photographie prise en 1934 au bord des salins de Martigues.

Voici un livre tout à fait magnifique*, aux odeurs de thym, de poutargue et d’huile d’olive : Groumandugi, à Marseille, chez l »auteur, 1949.

L’auteur, Maurice Brun, tient le célèbre restaurant « Mets de Provence » 18 Quai de Rive Neuve à Marseille depuis 1936.
Imaginons-le : vêtu de pantalons et veste de velours de gardian, avec un fort tempérament, Maurice Brun doit fermer son restaurant pendant 4 ans, à partir de 1940. C’est à ce moment qu’il se met à l’ouvrage et qu’il rédige son Groumandugi, qu’il exécute tel un repas mémorable avec les ingrédients qui le caractérisent : l’amour de sa Provence, des hommes, de la langue d’Oc, de la mer et de la terre.

Est-ce son tempérament royaliste, son amour de Frédéric Mistral, ses rôties brulantes sur lesquelles on écrase l’anchois qui ont attiré le fin gourmet Charles Maurras à sa table ? Il faudrait parcourir l’immense littérature Maurrassienne pour peut-être avoir quelque indice sur la rencontre de ces deux hommes, sachant que de nombreuses correspondances n’ont jamais été éditées.
On sait très bien pourtant, qu’à l’Action Française, Maurras initia ses fidèles amis Bainville et Daudet à la dégustation de la poutargue de Martigues, on sait aussi que Maurras était un véritable Maître du goût et qu’il savait émerveiller ses amis gourmets qu’il recevait dans sa Bastide chemin du Paradis… Je sais aussi que figurait au premier menu de Noel (1936) du restaurant Maurice Brun la poutarge dans le choix des hors d’œuvre.
La préface de Groumandugi donne quelques pistes intéressantes : C’est en 1944 que Maurras répond visiblement à la demande de son ami Maurice Brun pour lui concocter une préface digne de l’Académie Française. En mars 1944, Charles Maurras se trouve à Lyon, où la vie quotidienne se durcit terriblement (nous sommes à quelques semaines du bombardement de la ville et quelques mois de son arrestation). Est-ce la lecture du Groumandugi qui lui rappelle les bons souvenirs de sa jeunesse, de ses amis perdus (Bainville et Daudet) et de ses propres aventures gustatives, est-ce l’évocation de sa gouvernante Sophie qui prépare sa première « rouille » qui réjouit l’homme politique ? Maurras rédige alors un texte surprenant (vu le contexte) en marquant ses critiques sur la bouillabaisse (avec ou sans langoustine), en taquinant le grand cuisinier, en lui prodiguant même quelques conseils d’éducation à l’égard de son petit garçon Frédéric. Il transmet au lecteur l’envie irrésistible de se reporter aux pages intérieures. Ce texte reparaît dans Le Berceau et les Muses (tome IV des oeuvres capitales).

Il faudra attendre encore 5 ans, pour que le projet se concrétise. Maurice Brun veut ce qu’il y a de mieux pour son ouvrage : il lui faut un papier et une mise en page à la hauteur de son projet. Il pense alors à Louis JOU, installé dans son atelier aux Baux de Provence. Merveilleux homme du livre (typographe, graveur, maquettiste, dessinateur…) Louis JOU se met au travail. Il compose, et grave des bois qui collent parfaitement aux principes de la cuisine de Brun : nature et simplicité. Il commande le papier en Auvergne, dans la région du Val de Laga, rivière qui fait alimente les moulins à papier. En regardant par transparence, le filigrane du papier nous révèle le lieu : il s’agit du Moulin de Richard de Bas, toujours en activité, et qui aujourd’hui est un véritable musée : à visiter.

* Qu’est-ce-que j’entends par « un livre tout à fait magnifique » ?
Ce sont ces pages qui fixent les relations humaines, politique, amitié, vécu. Il y a tant d’hommes dans ce livre, ceux qui l’ont fait et ceux qui l’ont inspirés. Le texte seul ne rend pas l’histoire, mais l’objet-livre entier restitue l’instant vécu. Le soin, l’application les textes, les images, le papier… tout pour servir l’amour d’une région et la philosophie de l’auteur. C’est ce genre de livres qui nous font « sortir » de notre enveloppe plus ou moins perméable : devinez ! J’ai téléphoné à Martigues, pour me rendre dans cette bastide, la maison de Charles Maurras, j’ai téléphoné à Marseille pour me rendre chez Maurice Brun… et là commence une autre histoire invraisemblable, que je dévoilerai plus tard.
Un livre magnifique : c’est celui qui fait agir et réagir.

VENDU

Share this post
  ,


One thought on “Groumandugi, Maurice Brun, Louis JOU et Charles Maurras

  1. Je possède un exemplaire du livre de Maurice Brun  » Groumandugi ».
    Dans le même état que celui décrit sur la vidéo.
    Je souhaite m’en séparer rapidement.
    Seriez-vous intéressés ?
    Merci de votre réponse
    F Grand

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *