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De la qualité des cuirs employés en reliure et du tannage

C’est en « soignant » le cuir tout abîmé d’une jolie reliure du XIXe (et en pestant sur ce type de cuir fréquemment rencontré après la Révolution Française) que je me suis plongée dans l’histoire du traitement des peaux et plus particulièrement du tannage.
La chance de pouvoir observer des reliures d’époques XVIIe jusqu’à nos jours, de pouvoir toucher tant de différentes [glossary id=’997′ slug=’couvrure’ /], m’a permis de constater que les cuirs les plus anciens résistaient mieux au vieillissement que les cuirs plus récents. J’observe, comme pour le papier, une qualité supérieure des peaux du XVIIe siècle, qualité qui se dégrade chronologiquement.

Les animaux : veaux, moutons, chèvres…

On pourrait logiquement penser que la qualité de la peau dépend de la bonne santé de l’animal qui la porte. C’est assez vrai d’ailleurs, puisque depuis l’élevage « intensif » qui pousse l’animal a s’engraisser à toute allure, nourrit aux farines et aux protéines plutôt qu’à l’herbe, les peaux (le derme) sont chargées en graisse, il en résulte un cuir qui s’effeuille dans son épaisseur en vieillissant. Or du XVIIe au XIXe siècle, on a laissé paître et brouter nos bêtes à cuir, ce n’est donc pas l’animal qui est en cause dans la qualité médiocre des cuirs du XIXe siècle. (voir : comment reconnaître les cuirs…)

Le tannage traditionnel jusqu’au milieu du XVIIIe siècle

Le tannage permet à une peau morte de conserver ses propriétés de souplesse et de résistance et d’être imputrescible. Il existe différents types de tannage, le tannage à l’huile, le tannage végétal (connus depuis l’antiquité), mais aussi le tannage à la fumée, le tannage minéral et dès la fin du XVIIIe siècle, le tannage chimique (dit chromé).
La préférence du relieur va vers des peaux tannées au végétal (on parle de cuir végétal) qui donnent un cuir souple et résistant indispensable à la reliure et qui supportera parfaitement les décors (marbrure, dorure, etc…).
La tannerie était située près d’une rivière où l’on faisait tremper les peaux. Le tannage proprement-dit n’intervient qu’après une longue série d’opérations : reverdissage, épilage, écharnage et refendage pour débarrasser la peau des poils et des restes de chair. Ces opérations sont appelées à juste titre le « travail de rivière ».
Puis viennent les longues opérations de tannerie, qui permettent aux tanins de se fixer profondément dans la peau. Dans le cas d’un tannage végétal, on emploie le tannin de l’écorce de chêne ou de chataignier et l’on met directement en contact la peau nue et le bois.

Plus d’une année était nécessaire pour obtenir un cuir de qualité…

Ce travail artisanal venait en complément d’une activité principale, on parlait de « laboureur-tanneur ». Les tanneries étaient situées dans les campagnes près des rivières. On avait tout « sous la main » : des animaux… aux tanins des chênes et des chataigniers.

Le tannage industriel dès la fin du XVIIIe siècle

Plus d’un an de traitement pour obtenir un cuir de qualité, c’est trop long et trop coûteux pour satisfaire à la production de plus en plus massive de livres. Machines-outils et chimie vont bouleverser la fabrication des livres : les papiers chiffon de lin vergé vont laisser place à des pâtes mécaniques ou chimiques, exit les presses à bras qui sont remplacées par des presses à vapeur, enfin le tannage artisanal des campagnes disparaît au profit d’usines en milieu urbain.
Les machines (tonneaux de tannage, éboureuses, tonneaux à foulon) permettent d’accélérer les temps de traitements. De même, au tanin de chêne on ajoute d’autres extraits de plantes tropicales, ainsi que des produits chimiques dérivés de l’urée.
Résultat : on arrive à réduire considérablement le temps d’exécution, un mois au lieu d’un an et plus. Seulement, les tanins ne sont pas aussi bien fixés dans les peaux…


La peausserie de Niort par ina

Les couleurs

La chimie s’invite partout dans les étapes de fabrication des livres, y compris dans la couleur ! Les reliures du XIXe siècle se parent de couleurs nouvelles et vives, des papiers marbrés aux teintes des reliures, on voit apparaître des violets, lis de vin, verts, bleus… La teinture ajoute son cortège d’acides sur les cuirs employés en reliure.

En conclusion

C’est bien évidemment l’apport de la chimie, dans le tannage et dans la teinture qui affaiblit la qualité des cuirs. L’acidité déjà très présente dans les opérations de tannage végétal artisanal est augmentée par les traitements chimiques. La pollution en constante progression agit négativement sur ces cuirs chargés d’acidités. Le vieillissement des peau s’accélère, les ponts de collagène sont rompus, la structure même des tanins se trouve modifiée, le cuir s’assèche et s’épiderme (voir [glossary id=’990′ slug=’epidermure’ /]). Il n’est pas rare de constater un effet « poudreux » sur les parties les plus exposées aux frottements, les coiffes de pied et de tête. Protéger et soigner ces cuirs est impératif !

bibliographiePour en savoir plus sur le tannage :
voir  les procédés de tannerie
2 livres sur le sujet :
La tannerie
Techniques et métiers du cuir au Moyen Age

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