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Malherbe, poésies, livre ancien et histoire de France

Par • 27 juil, 2010 • Catégorie: Des livres et vous

Plus que tout autre objet, le livre ancien est un témoignage ou plutôt un témoin de l’histoire. Ce morceau du temps qui nous remplit les mains a toujours été un acteur des évènements de son époque, qu’il ait oeuvré pour le bien ou pour le mal. L’auteur et son récit, d’abord, mais aussi l’édition de l’ouvrage apportent de précieux renseignements historiques.

Ainsi, les « Poésies de Malherbe rangées par ordre chronologique » nous portent au plus près des règnes d’Henri IV, de la régence et du règne de Louis XIII.
Bien sûr, Malherbe est le poète officiel du Louvre. Mais il le devient tardivement, passé ses cinquante ans.
C’est à l’occasion du voyage de Marie de Médicis vers Lyon pour épouser Henri IV que l’on remarque ce poète encore inconnu.  Il faut concevoir le voyage de la Reine depuis la Toscane jusqu’à Lyon comme une performance : 18 navires pour la suite gigantesque de Marie de Médicis longeant les côtes pour éviter les pirates, 2000 personnes débarquant à Marseille et remontant en direction de Lyon dans une confusion gigantesque, et sans aucune structure pour accueillir ce cortège !  Le 16 novembre 1600, Marie de Médicis et sa suite sont à Aix en Provence, où vit le poète. Il l’accueille avec son « Ode à la Reine sur sa bienvenue en France » : Le retentissement est immédiat tant le poète impose un souffle nouveau dans la versification. Les désagréments du voyage sont oubliés, le poème créera même un climat de ferveur lyrique autour l’union royale. Les vers sont simples, épurés, mis à la portée de tous, et annoncent un nouveau style poétique.

« La voici la belle Marie,
Belle merveille d’Etrurie,
Qui fait confesser au soleil,
Quoique l’âge passé raconte,
Que du ciel, depuis qu’il y monte,
Ne vint jamais rien de pareil… »

Le poète n’omet pas de rappeler le souhait du peuple français :

« Par vous un Dauphin nous va naître,
Que vous-même verrez un jour
De la terre entière le maître,
Ou par armes, ou par amour »

Comme une prophétie, le souhait du poète sera exaucé, le mariage consommé le jour même, et Louis XIII naîtra quelques mois plus tard.

Portrait de Marie de Médicis par Rubens, présenté à Henri IV

C’est seulement en 1606 qu’il devient le poète officiel du Louvre, lorsqu’ il compose à la demande de Henri IV, une ode sur sa campagne militaire : « Prière pour le roi Henri le Grand allant en limousin« .  Malherbe ne se consacrera alors essentiellement qu’à la célébration des grands faits du règne, et restera à la cour après la mort d’Henri IV, sous la régence de Marie de Médicis et sous le règne de Louis XIII, jusqu’à sa mort en 1628. C’est l’année du siège de la Rochelle par Louis XIII et Richelieu, dernier évènement célébré par le poète : « Pour le Roi allant chastier la rébellion des Rochelois, et chasser les Anglois, qui en leur faveur estoient descendus de l’isle de Ré« .

Louis XIII et Richelieu pendant le siège de La Rochelle (1628)

Il faut savoir que, de son vivant, son oeuvre poétique n’a été publiée que partiellement et dans des éditions collectives. La première édition des « Poésies de Malherbe rangées par ordre chronologique » donnée par Lefebvre de Saint-Marc date de 1757 et fut un évènement très commenté. Celle que nous vous proposons parut 7 ans plus tard, chez Barbou, revue et corrigée avec la vie de l’auteur (tirée des Mémoires de Racan). De courts retranchements ont été faits sur la première édition (notamment le Discours sur les obligations que la langue et la poésie françaises ont à Malherbe), en revanche un document remarquable a été ajouté : la lettre de Malherbe adressée au Roi Louis XIII suite au décès de son fils dans un duel :

« Cette lettre est d’abord assez singulière, & de plus contient quelques détails sur un fait qui tient à l’histoire de Malherbe. En second lieu, quoiqu’elle ait été imprimée en feuille volante, in-4° & in-8°, elle ne se trouve dans aucune des Editions de notre poëte. »
Une prose tout aussi limpide et belle pour rappeler au Roi sa promesse de ne pas gracier les assassins de son fils, condamnés à mort. (Ce fils, qui 4 ans plus tôt avait lui-même donner la mort par duel). On ne connaît pas le dénouement de l’affaire, mais on sait avec quelle fermeté Louis XIII et son Ministre Richelieu ont combattu les duels…

Ainsi, ce petit volume ancien qui nous parvient dans un état très correct est chargé d’Histoire de France autant que de poésie. Ce qu’il nous apporte est cette puissance qui permet de suivre seul le fil de l’histoire…

J’ajoute également une curiosité à découvrir : l’édition de Barbou de 1776 dans une curieuse reliure à la cire

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Une Réponse »

  1. S’il est vrai que les vers de François de Malherbe nous transportent dans l’histoire de France, il est bon de rappeler à quel point le poète était attaché à sa généalogie.
    Il n’a eu de cesse de clamer son appartenance à la Maison de Malherbe Saint Aignan, quand d’autres de son temps le reconnaissait en fils de tanneur.

    L’excellente revue « Histoire & Généalogie » aux Editions Christian, a consacré dans son troisième numéro, un long article sur ce poète « fou de généalogie« , et dont voici l’éditorial de Francis Christian :

    « Il ne faudrait pas penser que le poète, François de Malherbe, était particulièrement vaniteux dans sa volonté de faire savoir qu’il descendait d’une famille de très ancienne noblesse. Il vivait simplement à une époque où l’origine familiale d’un individu influait largement sur le respect et la considération qui lui étaient accordés par ses concitoyens. Remarquons plutôt qu’il ne fait que rétablir une situation qui semblait oubliée, tant il est vrai qu’à toutes les époques, les familles ont pu monter ou descendre l’échelle sociale. D’autres personnages importants dans l’histoire de France n’ont pas eu le même souci de vérité et n’ont pas hésité à se créer des généalogies flatteuses, qui leur paraissaient utiles pour mieux asseoir la situation sociale avantageuse à laquelle ils étaient parvenus. Les faux, sous l’Ancien Régime, sont innombrables. Ne boudons pas notre plaisir lorsqu’il s’agit, au contraire, de rétablir une vraie généalogie. »

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