La Varende, ou le dernier féodal
Par admin • 9 juin, 2010 • Catégorie: Des livres et vousPour tenter de présenter Jean de La Varende, nous vous proposons une conversation imaginaire en nous appuyant sur les écrits de deux écrivains, Robert Brasillach (en bleu) et Guy Lavaud (en brun).
C’est Robert Brasillach en 1938 qui évoque La Varende comme le dernier féodal, en relevant quelques maladresses dans l’expression et dans le style, et qui déclare : « Et puis, je m’y suis fait. J’ai lu le Centaure de Dieu, suite de Nez de Cuir, j’ai lu les splendides nouvelles du Pays d’Ouche, le premier livre de ce Normand qui semblait avoir entassé dans les vastes armoires de son pays, pendant des années, tant de manuscrits et tant de songes. Il ne fallait pas en douter, nous étions devant la réincarnation la plus certaine du meilleur Barbey d’Aurevilly…Depuis, j’ai lu tous les livres de La Varende, ses romans composés à la diable, ses contes presque toujours magnifiques, ses monographies de reines, d’amiraux, de monuments, ses essais à l’emporte pièce et j’ai toujours été conquis. »
S’il est vrai que son style peut être inégal d’un livre à un autre, Jean de La Varende a le don de nous émouvoir, tant il est romanesque, pittoresque, passionné et sincère.
Plusieurs ventes ont eu lieu en ce début d’année, à Versailles, à Bruxelles, et à l’Hôtel Drouot qui ont fait sortir de l’oubli cet écrivain singulier.
Dans une ancienne chronique d’un quotidien, Guy Lavaud donnait en quelques lignes la raison d’être et d’écrire de Jean de La Varende :
« Un gentilhomme — car il se dit tel — vit dans le pays d’Ouche (le terroir le plus aristocratique de France où l’on a dénombré, dans un périmètre de 20 lieues sur 10, six familles ducales), un plateau pierreux trop sec dans les chaleurs, trop humide dans les pluies, mais où parvient sans peine le grand vent de la mer. Il est là entouré de fantômes singuliers ou illustres, son lignage, sa parenté. Auprès de lui, la montre d’argent de son grand-oncle M. de Tinchebray, le célèbre Nez de Cuir, la chaise à porteurs de la comtesse de Bernberg, sa tante Bréda, le cor de chasse d’Aurélien de la Barre, le service de Chine d’un arrière-grand-père, compagnon de La Pérouse, la claymore de l’extravagant Roi d’Ecosse. »
Ainsi dans son château, le passé vivait par les objets, les souvenirs, les signes, et l’instant présent se savourait.
« Quand il parle du passé, La Varende sait nous le rendre proche et vivant ; mais quand il nous parle du présent, il sait aussi le parer des couleurs et des charmes de ce qui n’est plus. »
« Dans ce chateau « pareil à un grain de corail, perdu entre les pelouses qui sont des prairies et un parc qui n’est qu’une forêt » pas une pièce, dit Maximilien Vox, qui soit sans mémoire. Il s’y ajoute cent cinquante-quatre réductions de navires sorties des mains, diligentes et qui savent, du maître de Chamblac (Jean de La Varende), ami des beaux métiers : les fondeurs, les charpentiers, les maçons avant l’ère du machinisme. Mais le toit du chateau refait, il y a cent ans, par Nez de Cuir, est en ruine. Et tout un passé de gloire, de passion, d’aventure, gardé dans sa fraîcheur par une âme orgueilleuse et qui a déjà aimé tout ce qui, d’après elle, vaut la peine de vivre : les femmes, les chevaux, les arts et les navires, tout ce passé remue et, menacé d’engloutissement par le monde moderne, cherche une issue, un refuge. On croirait volontiers que La Varende n’a écrit que pour satisfaire ce voeu, pour rendre à la lumière du jour un monde envahi déjà par nos ombres. »
Jean de La Varende a écrit une trentaine d’ouvrages en quinze ans, une oeuvre comme un seul morceau. Elle est travaillée comme la terre, labourée, retournée, ou comme la mer qui vous emporte sans que vous vous en aperceviez. Quelque fois, le ton est mondain, il vous agace quelques secondes seulement car vous êtes déjà repris par le texte :
« Ce qu’on ne peut pas dire, hélas, c’est la richesse de ses romans, le sentiment profond du terroir dans ses plus secrètes profondeurs, l’intime connaissance non pas seulement d’un monde encore féodal, mais des êtres les plus humbles, des chevaux et des chiens, c’est ce poète qu’est, au fond, La Varende, toujours reparaissant, illuminant les tragiques récits, ce sont ces couleurs, ces parfums, ces forêts, ces marais et ces landes, le renouvellement sans fin de la Normandie qui trouve toujours disponible l’âme riche de La Varende. C’est aussi l’universalité de cet esprit ramenant au jour incertain et triste de notre époque des hommes et des femmes perdus déjà dans les abîmes du temps, mais qui restent toujours un morceau de l’Histoire. »
« Oui, en vérité, Jean de La Varende est de la race de ses héros. Ses livres ne sont pas seulement des oeuvres de grand talent, brillantes de fougue et de force créatrice, …, ce sont aussi des témoignages précieux et virils qui imposent le respect et l’amitié. »
Place à la lecture, une grande partie de l’oeuvre de Jean de La Varende est à découvrir ou à retrouver dans nos rayonnages.
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Je recherche une collection complète (peu importe l’état si elle existe) des oeuvres de Jean de La Varende.
En auriez-vous connaissance ?
Avec mes remerciements anticipés.
GL