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Florence Loireau, Ecrivain Biographe

Par • 12 avr, 2010 • Catégorie: Rencontres livresques…

Nous n’avions pas levé le rideau de la Librairie depuis trois jours que Florence Loireau venait en voisine se pencher sur nos rayonnages. Devenue depuis lors une habituée, c’est en complice de l’Esprit des Belles Lettres qu’elle nous parle de son métier de Biographe.

Florence Loireau biographe

Florence Loireau, biographe

Librairie Essentiam : Plutôt que nous présenter votre activité stricto sensu, vous préférez évoquer votre conception de sa pratique. Pourquoi ?

Florence Loireau : Parce que si la méthode est connue et varie peu d’un Biographe à l’autre : prise de contact informative, succession d’interview, puis rédaction de celles-ci en amont, l’écriture d’un livre pour autrui étant une aventure éminemment humaine, le savoir être est déterminant dans la sincérité et la qualité du texte.

En quoi consiste ce savoir être ?

F.L : Sans être philanthrope, il s’agit avant tout de ne pas réduire un projet d’écriture à la simple expression du profit. Ne serait-ce déjà parce que tout le monde sait que l’Ecriture ne paie pas, donc autant changer tout de suite de métier ! Plus sérieusement, les gens investissent tellement dans l’écriture de leur livre, et donc en vous, qu’ils débordent vite largement du cadre contractuel. Mais en même temps, si cette sollicitation demande du temps, elle est aussi la récompense d’autres aspects du savoir être, comme ceux d’installer une solide relation de confiance et de montrer un réel intérêt pour l’Autre et son histoire, notamment par une disponibilité psychique et par une écoute active.

Est-ce à dire que ce métier ne requiert pas de savoir-faire particulier ?

F.L : Si bien sûr ! C’est même son fondement ! La Bruyère, dans ses Caractères, n’a-t-il pas dit : « C’est un métier de faire un livre, comme de faire une pendule. » ? Ici ni roues dentées ni ressorts, mais d’abord une prescience du texte – son canevas, son visage -, ensuite une habileté du verbe, une facture dans le style et le ton, de la grammaire et de la syntaxe, ainsi que le sens du rythme et de la nuance. Sans oublier la capacité à exploiter d’éventuelles archives, à recueillir le témoignage de tierces personnes pouvant éclairer le récit et, si possible, celle d’un apport personnel littéraire, historique ou factuel le cas échéant.

En tant que Biographe et donc spécialiste du « récit de vie », vous arrive-t-il aussi de répondre à des demandes recouvrant d’autres genres littéraires ?

F.L : Oui, absolument. En dehors d’œuvres de fiction, roman ou théâtre, que je refuse, car il est délicat de rendre justice à l’imagination d’autrui, j’ai déjà travaillé à des carnets de voyage, des interprétations de généalogies et de pages d’Histoire, ainsi qu’à plusieurs récits de guerre. Si la biographie familiale reste la plus courante, il est aussi légitime d’avoir envie de s’exprimer sur d’autres sujets, aussi variés soient-ils et cette fois davantage destinés à l’édition, comme témoigner d’une époque au nom du devoir de mémoire, restituer l’histoire d’une entreprise ou assurer la transmission d’un savoir-faire.

En somme vous couvrez presque la palette d’un écrivain. Quelles sont alors les motivations qui vous incitent à écrire pour les autres ?

F.L : Des histoires déjà toutes trouvées ! Non je plaisante. Mais il n’en n’est pas moins vrai que certaines vies défient l’imagination. D’autres sont très instructives, comme les récits de guerre par exemple. On apprend énormément à l’expérience des autres. Plus largement, mon choix d’écrire pour des tiers répond d’abord à l’intérêt général que je porte à mes contemporains, de même qu’il me permet d’assouvir une « curiosité sociologique » au travers de la diversité des univers rencontrés. Je mets aussi dans mon métier une notion de service, au sens où ma plume se fait l’instrument de la concrétisation de l’objet livre désiré. Et puis il y a le plaisir, les plaisirs devrais-je dire : exercer ma passion d’écrire – et en vivre -, faire des rencontres, et le plus gratifiant sans doute, le plaisir de lire la joie et la fierté dans les yeux de celui qui tient pour la première fois son livre dans ses mains.

Merci de ce très agréable entretien et des éclaircissements que vous nous avez apportés. Tout cela intéressera sans doute beaucoup nos lecteurs dont certains ne manqueront pas de nous en faire part !

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